Question parlementaire concernant la protection des personnes sans-abris pendant les périodes de grande chaleur.

Monsieur le Président,

Conformément à l’article 80 du Règlement de la Chambre des Députés, je me permets de poser la question parlementaire suivante à Monsieur le ministre de la Famille, des Solidarités, du Vivre ensemble et de l’Accueil.

Au cours du week-end écoulé, un homme sans-abri a été retrouvé sans vie dans le quartier de la Gare à Luxembourg-Ville, alors que le pays connaît une période de fortes chaleurs. Selon des informations parues dans la presse, cette personne avait été signalée quelques heures auparavant comme étant allongée en plein soleil.

Ce drame met en lumière les lacunes de notre dispositif de protection des personnes les plus vulnérables. Si l’État, à travers la Wanteraktioun, organise chaque année du 15 novembre au 15 avril un hébergement d’urgence afin d’éviter que des personnes sans-abri ne meurent de froid, aucun dispositif équivalent n’existe durant la période estivale, alors même que les vagues de chaleur, dont la fréquence et l’intensité sont appeléées à s’amplifier au cours des prochaines années, exposent ces personnes à des risques sanitaires majeurs.

Par ailleurs, le Plan canicule en vigueur, s’il identifie les personnes sans abri comme une population particulièrement exposée aux fortes chaleurs, ne prévoit aucune mesure spécifiquement dédiée à ce groupe.

Dans ce contexte, je voudrais poser les questions suivantes à Monsieur le Ministre :

  1. Monsieur le Ministre dispose-t-il de données relatives aux décès et aux hospitalisations de personnes sans abri imputables aux fortes chaleurs au cours des dernières années ? Dans la négative, n’estime-t-il pas qu’un suivi systématique de ces situations serait nécessaire afin de connaitre l’ampleur du phénomène ?
  2. Monsieur le Ministre envisage-t-il la mise en place d’un dispositif estival d’urgence destiné à protéger les personnes sans abri durant les périodes de fortes chaleurs ? Dans la négative, pour quelles raisons ?
  3. Le Plan canicule sera-t-il révisé afin d’y intégrer des mesures spécifiquement dédiées aux personnes sans abri, en concertation avec le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale ?
  4. Monsieur le Ministre est-il disposé à mettre en œuvre des mesures concrètes et de bas seuil, telles que l’installation de points d’eau potable et de fontaines supplémentaires, la mise à disposition de douches mobiles, ainsi que la création d’espaces rafraîchis accessibles en journée ?
  5. Monsieur le Ministre compte-t-il développer des structures d’accueil ouvertes de manière inconditionnelle et tout au long de l’année, afin de garantir des conditions de vie dignes aux personnes sans abri et de permettre un suivi social continu ?

Veuillez croire, Monsieur le Président, à l’expression de mes sentiments respectueux,


Marc Baum
Député

Hëtztwell: Déi politesch Verantwortungslosegkeet an hir déidlech Konsequenzen.

Leschte Weekend huet d’Hëtztwell, déi Europa den Ament fest am Grëff huet, zu Lëtzebuerg hiert éischt Affer gefuerdert. Eng obdachlos Persoun vu 75 Joer ass an der Stroossbuerger Strooss an der praller Sonn leie gelooss ginn. Zwee mol war d’Police geruff ginn: bei der éischter Kéier ass näischt geschitt, bei der zweeter gouf den Doud vun der Persoun festgestallt.

Et handelt sech hei net ëm een einfache Fait-Divers, mee ëm ee politescht Versoen op méi Niveauen. D’Hëtztwellen, déi elo ëmmer méi heefeg ginn, sinn d’Resultat vun enger Klima- an Ëmweltpolitik, déi zum politesche Stéifkand ginn ass, well se nervt, wéi de Luc Frieden gemengt huet. Amplaz dëse Problem ze politiséieren, an also politesch Léisungen ze proposéieren, gëtt op d’Responsabilitéit vum Eenzelne verwisen. Drénk genuch, bleif am Schied, vergiess deng Sonnecrème net… Wat ass mat der Reduktioun vun Zäregasemissiounen? Wat ass mat massiven Investitiounen an d’Klimaupassung? Themen iwwert déi net méi geschwat gëtt. Weder an der Politik, nach an de Medien.

Politesch weist sech am Moment dës Politik vun der Responsabiliséierung an der Schoul. Déi schwéier Decisioun d’Coursen z’annuléieren, oder eventuell d’Schoul zouzemaachen, läit eenzeg an eleng bei der Direktioun vun de Schoulen. D’Leit gi responsabiliséiert, d’Regierung deresponsabiliséiert sech. Sou mécht CSV-DP Politik.

De Klimawandel ass elo eng Realitéit op déi een sech als Gesellschaft an international Gemeinschaft muss astellen. Fir d’Mënsche virun dëser neier Realitéit ze schützen, mussen Upassungsmesuren dréngend geholl ginn: am Aarbechtsrecht muss de Congé intempéries och op Hëtztwellen ausgeweit ginn an et musse maximal Temperature festgeluecht ginn, iwwert deenen net méi baussen oder an net klimatiséierte Räim dierf geschafft ginn; eng national Strategie fir eng Begréngung ass batter néideg fir d’Hëtzt a Schach ze halen; eng grouss ëffentlech Renovatiounscampagne fir al Gebaier besser z’isoléieren; an natierlech och eng Strategie fir de Schutz vun deenen Leit, déi dobausse liewen a schlofen. Dës Mesure mussen op enger nationaler Adaptatiounsstrategie berouen, déi och déi néideg finanziell Mëttel kritt, fir Lëtzebuerg un dat neit Klima unzepassen.

Dass et fir d’éischt eng Persoun trëfft, déi op der Strooss lieft ass natierlech keen Zoufall. D’Sans-Abrisen si besonnesch staark dësen Temperaturen ausgesat. Dem Innenminister Leon Gloden seng Politik vun der Veruechtung (Platzverweis, Heescheverbuet…) vu Sans-Abrisen, verschäerft d’Situatioun nach eng Kéier. Firwat soll een enger Persoun hëllefen, déi duerch politesch Decisiounen entmënschlecht a verdäiwelt gëtt?

Wat ee mat Sécherheet soe kann, ass dass den tragesche Virfall aus der Stroossbuerger Strooss keen Eenzelfall bleiwe wäert. D’Hëtztwelle wäerte weider Affer fuerderen, wa mer net eppes ënnerhuelen, fir d’Leit, an zwar all d’Leit, géint dës nei klimatesch Realitéit ze schützen.

Wat de Schutz vun de Sans-Abrisen ugeet muss een elo ëmdenken. Nieft der Wanteraktioun, brauch et ee Plang iwwert de Summer. A verschiddene Länner, dorënner Frankräich, gëtt iwwer d’Aféiere vun engem „droit à la fraîcheur“ diskutéiert, fir sécherzestellen, datt keen onaushalbaren Temperaturen ausgesat ass.

D’Politik vun der Responsabiliséierung vun der eenzelner Persoun stéisst do un hir Grenzen, wou de Schutz vum Mënsch a Konflikt mat de Kapitalinteresse geréit. Wien do dee Kierzeren zitt, dat weess de Bauaarbechter, deen an der praller Sonn schafft, dat weess d’Botzfra, déi Quadratkilometer an netklimatiséierte Säll ofschaffe muss, dat wosst de Sans-abris aus der Stroossbuerger Strooss.


Canicule :L’irresponsabilité politique et ses conséquences mortelles.

Le week-end dernier, la canicule qui tient actuellement l’Europe sous son emprise a fait sa première victime au Luxembourg. Une personne sans-abri de 75 ans a été laissée allongée en plein soleil dans la rue de Strasbourg. La police a été appelée à deux reprises : la première fois, rien ne s’est passé ; la seconde, le décès de la personne a été constaté.

Il ne s’agit pas ici d’un simple fait divers, mais d’un échec politique à plusieurs niveaux. Les vagues de chaleur, qui deviennent de plus en plus fréquentes, sont le résultat d’une politique climatique et environnementale devenue le parent pauvre de l’action politique, parce qu’elle dérange, comme l’a affirmé Luc Frieden. Au lieu de politiser ce problème et donc de proposer des solutions politiques, on renvoie à la responsabilité individuelle. Buvez suffisamment, restez à l’ombre, n’oubliez pas votre crème solaire… Mais qu’en est-il de la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Qu’en est-il d’investissements massifs dans l’adaptation au changement climatique ? Ce sont des sujets dont on ne parle plus. Ni en politique, ni dans les médias.

Cette politique de responsabilisation se manifeste actuellement de manière très concrète dans les écoles. La lourde décision d’annuler les cours, voire éventuellement de fermer un établissement, repose exclusivement sur la direction des écoles. Les citoyens sont responsabilisés, tandis que le gouvernement se déresponsabilise. Voilà comment gouverne la coalition CSV-DP.

Le changement climatique est désormais une réalité à laquelle la société et la communauté internationale doivent s’adapter. Pour protéger les personnes face à cette nouvelle réalité, des mesures d’adaptation doivent être prises d’urgence : dans le droit du travail, le congé pour intempéries doit être étendu aux vagues de chaleur et des températures maximales doivent être fixées, au-delà desquelles il ne devrait plus être permis de travailler à l’extérieur ou dans des locaux non climatisés ; une stratégie nationale de végétalisation est indispensable pour contenir la chaleur ; une vaste campagne publique de rénovation afin de mieux isoler les bâtiments anciens ; et bien entendu une stratégie de protection des personnes qui vivent et dorment dans la rue. Ces mesures doivent s’inscrire dans une stratégie nationale d’adaptation dotée des moyens financiers nécessaires pour permettre au Luxembourg de s’adapter au nouveau climat.

Le fait que la première victime soit une personne vivant dans la rue n’a évidemment rien d’un hasard. Les sans-abri sont particulièrement exposés à ces températures extrêmes. La politique de mépris à l’égard des sans-abri menée par le ministre de l’Intérieur Leon Gloden (« Platzverweis », interdiction de la mendicité, etc.) aggrave encore davantage la situation. Pourquoi aider une personne qui est déshumanisée et diabolisée par des décisions politiques ?

Ce que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que le drame survenu dans la rue de Strasbourg ne restera pas un cas isolé. Les vagues de chaleur feront d’autres victimes si nous n’agissons pas pour protéger les personnes, toutes les personnes, contre cette nouvelle réalité climatique.

En ce qui concerne la protection des sans-abri, il faut désormais changer d’approche. À côté du dispositif hivernal, il faut mettre en place un plan pour l’été. Dans plusieurs pays, dont la France, l’instauration d’un « droit à la fraîcheur » est en discussion afin de garantir que personne ne soit exposé à des températures insupportables. La politique de responsabilisation individuelle atteint ses limites dès lors que la protection des êtres humains entre en conflit avec les intérêts du capital. Le travailleur du bâtiment qui travaille en plein soleil et la femme de ménage qui doit parcourir des kilomètres carrés de locaux non climatisés savent qui l’emporte ; la personne sans-abri de la rue de Strasbourg le savait aussi.

Question parlementaire concernant la lutte contre le sans-abrisme.

Monsieur le Président,

Conformément à l’article 80 du Règlement de la Chambre des Députés, nous vous prions de bien vouloir transmettre la question parlementaire suivante à Madame la ministre de la Famille.

Dans sa réponse à la question n° 6978 Madame la Ministre explique que « (…) l’objectif de la politique du Gouvernement en matière de sans-abrisme est de permettre aux personnes en très grande précarité d’améliorer leur situation de vie et de sortir du sans-abrisme en leur fournissant un logement permanent et approprié ainsi qu’un suivi social étroit, adapté à la complexité de leur situation. Dans cette optique, le ministère continue à augmenter et à diversifier ses offres pour les personnes sans-abri, en investissant dans des projets de logements stables qui permettent un accompagnement individuel adapté aux besoins sociaux, psychologiques et médicaux des personnes concernées » et donne l’exemple d’un concept de maison de soins pour personnes sans-abri vieillissantes est en cours de planification.

Partant nous voudrions poser les questions suivantes à Madame la ministre de la Famille :

  1. Madame la Ministre peut-elle nous fournir un listing des logements permanents et appropriés existants pour personnes sans-abri actuellement disponibles et conventionnés avec les autorités étatiques ?
  2. Madame la Ministre peut-elle nous fournir un listing des projets visant la fourniture de ce type de logements autre que le projet mentionné ci-dessus ? Peut-elle également nous indiquer pour chaque projet le stade d’avancement et la date de disponbilité visée ?

Plus loin Madame la Ministre indique que « (…) le ministère a également réalisé, en collaboration avec l’association Inter-Actions, un premier dénombrement des personnes sans-abri le 26 octobre 2022 sur le territoire de la Ville de Luxembourg. L’objectif est de quantifier pour une première fois le phénomène du sans-abrisme au Luxembourg et de récolter des données socio-économiques sur les personnes concernées. »

Nous aimerions rappeler que le Luxembourg en tant que membre de l’Union Européenne et de la Plateforme Européenne de Lutte contre le Sans-abrisme créée suite au Sommet social de Lisbonne s’est engagé avec ses partenaires européens d’éradiquer le sans-abrisme d’ici 2030. La Commission Européenne a dans ce contexte lancé une action coordonnée de dénombrement des personnes sans-abris qui devrait fournir des résulats d’ici 2024.

Partant, nous voudrions poser les questions suivantes à Madame la Ministre :

  • L’action de dénombrement du sans-abrisme annoncée par Madame la Ministre s’inscrira-t-elle dans l’action coordonnée évoquée par la Commission Européenne mentionnée ci-dessus ? Dans l’affirmative, les résultats de ce dénombrement seront-ils disponibles d’ici 2024 ? Dans la négative, quelles autres initiatives seront prévues dans la cadre de l’action annoncée par la Commission ?
  • Les résultats du dénombrement du sans-abrisme au Luxembourg constitueront-ils la base de données pour déterminer des initiatives de type « plan d’action » pour intensifier les efforts en matière de lutte contre le sans-abrisme d’ici 2030 ?
  • Le gouvernement s’engage-t-il à éradiquer le sans-abrisme d’ici 2030 comme il est prévu dans la Déclaration de Lisbonne de 2021 ?

Veuillez croire, Monsieur le Président, à l’expression de nos sentiments respectueux.


Myriam Cecchetti                                              Nathalie Oberweis

Députée                                                            Députée

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