L’étude sur la longévité des retraités au Luxembourg de la Cellule scientifique de la Chambre des députés[1], demandée par le député Marc Baum, confirme ce que déi Lénk défend depuis longtemps : derrière les moyennes nationales se cachent de profondes inégalités sociales. Le Luxembourg connaît une forte progression de l’espérance de vie à 60 ans, mais les retraité.e.s ne profitent pas toutes et tous de cette avancée dans les mêmes conditions.
Chez les hommes ayant accompli une carrière étendue au Luxembourg, l’écart d’espérance de vie à 60 ans entre le haut et le bas de la distribution des pensions est d’environ six années (!). Les bénéficiaires des pensions les plus élevées passent en moyenne cinq années (!) supplémentaires à la retraite par rapport à ceux du décile inférieur. L’étude avertit d’ailleurs que les personnes qui travaillent plus longtemps sont souvent celles qui sont déjà en meilleure santé et bénéficient de conditions de travail moins pénibles. Il serait donc faux de conclure que travailler plus longtemps fait vivre plus longtemps.
Chez les femmes, le montant de la pension individuelle reflète moins fidèlement la position sociale, notamment en raison des carrières interrompues et du temps partiel. L’étude relève toutefois un désavantage important lié au statut d’ouvrière.
déi Lénk en tirent plusieurs conclusions:
- Avec ces résultats, l’étude de la Cellule scientifique révèle les graves limites de l’« Aperçu n° 30 » publié par l’IGSS en juillet 2025,[2] qui, en utilisant un champ d’étude très restrictif, amène la ministre de la Sécurité sociale Martine Deprez à prôner avant le dépôt d’un projet de loi prolongeant obligatoirement de 8 mois les carrières professionnelles : « Cette analyse ne révèle aucune association statistiquement significative entre le secteur d’activité du dernier emploi et la probabilité de décès sur la période étudiée, ni entre cette probabilité et le revenu moyen ayant servi de base au calcul de la pension. »[3] Or, l’étude prouve le contraire et dément les affirmations de la ministre.
- La hausse de l’âge de départ à la retraite, telle que décidée par le gouvernement, est profondément injuste dans ses effets: une année de travail supplémentaire pèse bien davantage sur celles et ceux qui ont exercé les métiers les plus pénibles, disposent des pensions les plus faibles et vivent moins longtemps. En plus, cette voie ne pérennise point le système des retraites puisque ce sont les très hautes pensions qui bénéficient plus longuement de leurs pensions.
- La bonne réponse au vieillissement n’est donc pas de réduire les droits, mais de renforcer les recettes du régime public de manière juste. Cela implique de faire contribuer pleinement les revenus les plus élevés: déplafonner les cotisations au-dessus de 5xSSM sans contrepartie, et d’élargir l’assiette des cotisations à l’ensemble des éléments de rémunération.
- En parallèle, il faut protéger les retraité·es contre la pauvreté : rehausser la pension minimum au-dessus de la limite du risque de pauvreté, maintenir intégralement l’ajustement des pensions à l’évolution des salaires et préserver l’allocation de fin d’année.
Pour déi Lénk, l’étude confirme ainsi que la durabilité financière ne peut pas être séparée de la justice sociale. Elles exigent toutes deux de renforcer le système public, solidaire et intergénérationnel.
[1] https://www.chd.lu/fr/note-scientifique-longevite-retraites-Luxembourg
[2] https://igss.gouvernement.lu/fr/publications/apercus-et-cahiers/apercus/apercu30.html
[3] Réponse du 26 août 2025 à la QP no.2465 du député Marc Baum https://wdocs-pub.chd.lu/docs/exped/2025/08/QP_59995_1756197701237.pdf